Le projet


Les interactions entre scientifiques et artistes existent bien sûr depuis longtemps. Mais le domaine de la physique de l’Univers est passé ces dernières années par une série de découvertes qui interrogent de manière fondamentale notre façon d’appréhender l’Univers. Ainsi les fluctuations qui sont observées dans le fond cosmologique, c’est-à-dire la première lumière émise 380 000 ans après le Big Bang nous apportent des informations précises sur l’état de l’Univers à cette époque, distante de 14 milliards d’années.

La découverte des ondes gravitationnelles, annoncée le 11 février 2016, vient de nous faire franchir une étape supplémentaire. La gravité est la force qui gouverne l’Univers dans ses plus grandes dimensions. Les ondes gravitationnelles, déformations de l’espace-temps, nous donnent donc des informations entièrement nouvelles sur l’Univers et sur la dynamique de l’espace et du temps. L’événement qui a donné lieu à ces ondes est une fusion de deux trous noirs : le trou noir, objet gravitationnel par excellence, est un objet de fascination, et de fantasmes, tant pour les scientifiques, que pour les artistes et le grand public.

C’est donc un nouveau paradigme qui se met en place, une sorte d’Univers 2.0 qui fait suite à l’Univers 1.0 qui est celui que nous avons observé avec nos yeux pendant des millénaires, puis avec des instruments depuis qu’en 1609 Galilée a dirigé sa lunette vers les lunes de Jupiter.

Ce nouveau paradigme va s’élaborer au fur et à mesure de notre exploration de l’Univers gravitationnel. Les scientifiques peuvent l’expliquer, peuvent faire participer un public large à cette exploration, à ses moments de découverte comme à ceux de déconvenue, à l’identification de nouveaux concepts, etc.

Mais, en se référant à d’autres époques de découverte, comme la Renaissance, il nous semble que l’art et les artistes peuvent apporter leur contribution à cette exploration. Les artistes ont d’autres moyens d’appréhender la réalité physique, et, dans ce moment où s’ouvre une nouvelle exploration, il nous semble important d’avoir ce regard croisé, qui peut apporter tant aux artistes qu’aux scientifiques.

Ceci est d’autant plus important que des questions fondamentales sont en jeu : la nature profonde de l’espace et du temps, et leurs liens intimes dans ce qu’on appelle l’espace-temps ; la notion d’origine, de limite spatiale ou temporelle, le concept d’horizon ; le rôle de l’information (les physiciens parlent d’entropie), sa circulation dans l’Univers, sa conservation ou sa perte ; notre place dans l’Univers, notre rôle d’observateur, est-ce qu’observer c’est perturber ? Toutes ce questions nous concernent tous, scientifiques ou artistes.

Soulignons qu’il ne s’agit pas d’une relation à sens unique, les scientifiques expliquant et les artistes illustrant. Bien au contraire, il s’agit d’une fertilisation croisée, chacun participant avec ses propres outils, ses propres métaphores, sa propre histoire. Dans un domaine en pleine exploration tant observationnelle que conceptuelle, les scientifiques de l’équipe attendent au moins autant des artistes que réciproquement.